Les secrets de Kane – Première partie

Voici la première d’une série d’interviews de l’équipe qui va vous amener le jeu Solomon Kane en juin sur Kickstarter. À chaque fois, vous découvrirez un aspect différent du projet.
On commence par le consultant, Patrice Louinet, expert réputé de l’écrivain Robert E. Howard, à qui l’on doit les aventures du personnage.
PATRICE LOUINET
Tu es devenu un consultant Howard incontournable ! Pourtant, l’adaptation de Solomon Kane en jeu de plateau n’allait pas forcément de soi. Qu’est-ce qui, selon toi, rend cet univers et ce personnage intéressants ?
Merci du compliment ! C’est vrai que c’est une sensation agréable que de se voir solliciter pour divers projets liés à Howard. Quant à Solomon Kane, c’est un personnage fascinant. L’homme est un mystère, pour les autres et pour lui-même. On ne sait pas vraiment s’il est un instrument de Dieu, s’il est inspiré (par sa foi) ou, plus prosaïquement, s’il est simplement fou. Il est pratiquement impossible au lecteur de s’identifier à lui, puisqu’il n’est pas particulièrement séduisant, que ses vêtements sont les austères habits des Puritains, et qu’il a plutôt tendance à réciter des versets de la Bible qu’à discuter de tout et de rien. Quant à l’univers dans lequel se déroulent les nouvelles, c’est un monde élisabéthain en folie, avec des zombies, des harpies, des cannibales et des pirates, sans parler de civilisations perdues ! L’époque victorienne a été exploitée jusqu’à la corde, mais Howard s’est bien amusé avec cette époque historique originale et fascinante.
Quelle est la place, en termes de popularité, de Solomon Kane parmi tous les héros créés par Robert E. Howard ?
Solomon Kane est un cas intéressant. Le personnage a été créé juste après Kull, le roi atlante, et juste avant que Howard devienne un auteur régulier dans les pages du célèbre pulp magazine Weird Tales. Il était – et est toujours – totalement différent des autres créations de Howard, ce qui explique par ricochet que Kane soit devenu le personnage le plus célèbre de Howard après Conan. On verra toujours Kull comme une sorte de prototype de Conan (alors que les personnages n’ont finalement pas grand-chose en commun), mais Solomon Kane est unique. On peut reconnaître une création de premier plan aux nombre d’imitations qu’elle va susciter. Eh bien, c’est exactement le cas avec Solomon Kane. Posez donc la question à Van Helsing !

Il y a eu un film Solomon Kane. Qu’en as-tu pensé ? Est-il fidèle au personnage des livres ?
Je n’ai pas du tout aimé le film. Comme c’est souvent le cas à Hollywood, ils ont essayé de donner une origine au personnage, qui permettrait de le comprendre, lui et ses motivations. Or Kane fonctionne justement parce qu’il est une telle énigme. Bref, ils ont transposé un nom sur le grand écran, pas un personnage. C’est dommage car James Purefoy est d’ordinaire un excellent acteur. Mais là, il se demandait manifestement pourquoi la pluie s’acharnait à lui tomber dessus pendant près de deux heures.


Solomon Kane contre Gideon le fantôme
Vois-tu une évolution de Solomon Kane dans les nouvelles ?
Je ne pense pas que l’on puisse déceler une quelconque évolution du personnage pour la simple raison qu’il n’existe pas de chronologie précise des nouvelles. Nous savons quand se déroulent certaines par rapport à d’autres, mais la chronologie est, dans l’ensemble, floue, et n’a pas véritablement d’importance. Ceci dit, il est vrai que dans la première nouvelle, Kane est un homme blanc découvrant l’Afrique (avec tous les stéréotypes qui accompagnent souvent ce genre de récits), alors que dans un des derniers textes, il passe des semaines dans un village africain, devenant amis avec les indigènes (avant de venger leur mort à tous).

Peut-on relier certains héros de Robert Howard dans un même univers ? Le monde de Solomon Kane peut-il être le futur du monde de Conan ?
On peut le faire, mais comme c’est toujours le cas chez Howard, il ne faut pas vous attendre à un monde secondaire ultra élaboré. Il est important de garder à l’esprit qu’il est l’un des pionniers, voire peut-être le premier, à avoir imaginé des récits et des cycles n’ayant à priori rien à voir entre eux, mais se déroulant dans un même univers. Dans le cas des nouvelles de Kane, par exemple, on trouve des allusions à des divinités qui sont mentionnées dans les récits de Kull. Donc, si c’est le genre de choses qui vous amusent, oui, vous avez le droit de dire que ces histoires se déroulent dans le même univers fictionnel.


Solomon Kane en Forêt Noire
Que penses-tu de l’interprétation visuelle de l’univers de Solomon Kane par Guillem H. Pongiluppi ?
Entre vous et moi, je dois vous dire que ma réaction initiale était assez simple. Bien que n’ayant jamais entendu parler de Pongiluppi auparavant, j’étais certain que, quels que soient ses talents artistiques, il n’y avait absolument aucune chance pour qu’il arrive à la cheville de géants tels Jeff Jones et Gary Gianni. On m’avait dit que Guillem ambitionnait de devenir la référence graphique ultime en ce qui concernait le personnage. J’avais trouvé la démarche louable, mais au moment où je vis les premiers visuels, j’ai été tout bonnement soufflé ! Et croyez-moi, je ne suis pas du genre à m’extasier facilement. Lorsque j’envoyais les descriptions et que je recevais les dessins correspondants quelques jours plus tard, je n’arrivais pas à en croire mes yeux. Tout, des personnages au décor en passant par l’atmosphère, était simplement parfait !

Votre vie privée est importante

Nous utilisons des cookies et d'autres technologies sur notre site pour personnaliser le contenu, fournir des fonctions liées aux médias sociaux et analyser notre trafic. Plus d'info